Homélie de Mgr l'Archevêque de Brazzaville à la Messe des Funérailles de l'Abbé Marcel Miayoukou, Aumônier diocésain des Confrérie «Emile Biayenda» jeudi, le 30 août 2007.

«Il nous faut sortir résolument du monde de la superstition animiste pour entrer dans le mystère salvifique»

§ Mgr le Nonce Apostolique,

§ Très Révérend Yves Marie Monot,

§ Chers prêtres, religieux, religieuses,

§ Chers frères et sœurs, membres du Conseil œcuménique des églises chrétiennes,

§ Excellences, Messieurs et Dames les Responsables Politiques et Administratifs,

§ Chers Prêtres, Religieux et Religieuses,

§ Chers Frères et Sœurs en Christ,

La paix du Christ ! Amen !

Introduction :

L'événement qui nous rassemble ici, ce jeudi 30 août 2007, est connu de nous tous : il s'agit de la mort inopinée d'un grand Serviteur de notre Eglise: l'Abbé Marcel Miayoukou qui nous a quittés le jeudi 23 août 2007 à 11h55 au CHU de Brazzaville, des suites d'un cancer de sang, au moment où tout était fin prêt pour son évacuation en France.

1. Le parcours d'un Prêtre de Jésus-Christ :

L'Abbé Marcel Miayoukou est né le 23 juillet 1947 à Kibossi ; il nous quitte aujourd'hui à l'âge de 60 ans. Après avoir débuté ses études à l'Ecole primaire de Mbamou, sa paroisse d'origine ; il rejoint le Petit Séminaire de Mbamou où il passe 4 ans, de septembre 1961 à juin 1965 (de la 6ème à la 3ème). Il poursuit ses études à Saint Jean sous la direction du Père René Charrier et au Centre Catéchétique (actuel CIO) sous la direction de l'Abbé Michel Kouaya Kombo.

C'est en 1968 qu'il rentre au Grand Séminaire Libermann (actuel Emile Biayenda), pour ses études philosophiques et théologiques. En 1974, il est ordonné Prêtre à Saint Michel de Ngangouoni par le Cardinal Emile Biayenda. Il commence son ministère pastoral à la Paroisse de Moungali avant d'être nommé Econome, puis Directeur au Séminaire Saint Jean. Après le Séminaire, il exerce à la Paroisse Ndona Marie comme Curé durant 12 ans et son dernier poste de travail, c'est la Paroisse Saint Michel de Ngangouoni où il a été Curé durant 9 ans.

En 1989, Monseigneur Barthélemy Batantu le nomme Vicaire Général de l'Archidiocèse de Brazzaville, fonction qu'il exercera jusqu'en 2001.

Mgr Anatole MILANDOU
Mgr Anatole MILANDOU, Archevêque de Brazzaville

2. Une vie d'engagement et de dévouement au service de l'Eglise :

L'Abbé Marcel Miayoukou, comme l'indique si bien son nom de famille : «Miayoukou» (on y est habitué ; rien d'étrange), s'est tellement bien habitué au travail de l'Eglise qu'il a su se donner corps et âme aux différentes responsabilités _ et non des moindres _ qui lui étaient confiées. Son existence a littéralement fait corps avec sa vocation et sa mission. Miayoukou : Il s'est également habitué aux circonstances difficiles où il a exercé sa lourde mission de Vicaire Général, comme bras droit de Monseigneur Batantu. Il n'y a qu'à penser à la période tourmentée des trois guerres civiles qu'a connues notre pays : celles de 1993, de 1997 et de 1998. Il fallait avoir de la poigne pour tenir bon dans ce genre de circonstances. Lors d'un premier braquage (il en connaîtra deux), des hommes en armes lui raviront son véhicule, son seul moyen de déplacement. L'Abbé Marcel a effectivement tenu bon malgré tout. Miayoukou : Je ne l'ai jamais entendu récriminer. Il a fait avec ! Rien d'étrange !

3. La sagesse et l'esprit de conseil au service de l'Eglise :

Directeur de Séminaire, Vicaire Général, Curé de Paroisse, Aumônier, Délégué de l'Eglise Catholique dans la Commission d'organisation du Conseil Œcuménique, pour ne citer que ces responsabilités-là, l'Abbé Marcel Miayoukou a toujours démontré, dans l'exercice de ses fonctions et de ses missions, des qualités exceptionnelles de sagesse, de conseil et de disponibilité, sans oublier, bien sûr, ce sens de l'humour qui l'a bien caractérisé et qui l'aidait à mettre ses interlocuteurs à l'aise. S'il est un aîné dans le presbytérium, que l'on devait consulter, c'est bien lui.

4. Ancien Aumônier National des Suffrages et Aumônier Diocésain de la Confrérie Emile Biayenda :

Ce qui étonne chez l'Abbé Marcel Miayoukou, c'est qu'en dehors des lourdes responsabilités qu'il assumait, il trouvait encore le temps et la force d'encadrer spirituellement les Suffrages, en tant qu'Aumônier National et la Confrérie Emile Biayenda, en tant qu'Aumônier Diocésain. C'est à ce titre d'ailleurs qu'il avait été nommé Président du Comité de Pilotage de l'Année Cardinal Emile Biayenda qu'il laisse d'ailleurs à mi-parcours. Voyez, chers Frères et Sœurs, quel lourd et noble héritage il nous laisse. Et ce qui est impressionnant, c'est que l'Abbé Marcel nous a quittés tout juste durant la période où s'effectuait le pèlerinage à Malela Bombe. Son pèlerinage à lui, c'est directement vers le Père et vers le Cardinal Emile Biayenda qu'il l'a réalisé. Curieuse coïncidence : comme quoi les voies de la Divine Providence sont insondables !

Responsable diocésain de l'œcuménisme

M. l'Abbé Marcel était le responsable diocésain de l'œcuménisme. Il y croyait. La forte présence et l'implication du Conseil Œcuménique à l'occasion de ses obsèques sont la preuve que l'Abbé Marcel était un membre actif du Bureau Du COECC. Le Pasteur Pungui, l'un des Anciens du COECC lui rend cet hommage : «Nous avons appris avec une vive émotion, le rappel à l'Eternel de votre ouvrier apostolique, M. l'Abbé Marcel Miayoukou. Nous le connaissons assez pour avoir été Responsable de la Commission des Bourses du COECC et participé à plusieurs activités œcuméniques ; nous apprécions sa disponibilité, sa bonne volonté et son engagement pour l'unité des chrétiens».

5. Endurance dans la maladie et l'infirmité :

Mr l'Abbé Marcel Miayoukou était comme beaucoup de jeunes de son temps un fanatique du football.

D'ailleurs le règlement du Séminaire y obligeait. Il était un ailier gauche redouté. Il courait tellement vite sur le terrain qu'on le surnommait "Comète". C'est justement au cours d'un entraînement au football au Séminaire Saint Jean, qu'il reçut un choc fatal qui lui fera très mal : mal qui persistera et amènera les médecins à lui amputer une jambe, de peur de développer une gangrène. En pleine jeunesse, (il est alors en seconde), il sera frappé par cet handicap qu'il acceptera dans la foi. Depuis lors, il devait faire les comptes avec une prothèse à la jambe… tout le reste de sa vie.

Son état de santé qui restera d'ailleurs fragile après cette amputation le rendra très sensible aux souffrances des autres. Il prendra la défense des petits, des faibles même avec un parti pris. L'abbé Marcel Miayoukou a su gérer cette grave infirmité sans complexe aucun, avec courage, endurance et héroïsme. Il s'y était habitué et a porté cette croix jusqu'au bout en méditant comme Saint Paul : «Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ, pour son corps, qui est l'Eglise» (Col 1, 14).

Voici le petit témoignage que nous avons reçu du Père René Charrier son ancien directeur et professeur : «On vient de me communiquer par courriel le décès de Marcel Miayoukou. Cela me touche, car je l'ai «trop bien» connu dans la première partie de son parcours. Je l'ai trouvé écolier à Mbamou , puis séminariste à Mbamou, puis séminariste à Mafouta lorsqu'il connut l'épreuve de son amputation, puis au grand séminaire. J'ai le souvenir d'un homme courageux, décidé, bien dans sa vocation. Nos routes se sont séparées, mais à chaque fois que je l'ai retrouvé, j'ai toujours tenu à lui dire et ma joie de le revoir et l'estime que j'ai gardée pour lui».

6. La spéculation populaire sur les arbres coupés»

Radio-trottoir fait courir une spéculation qui ne fait pas honneur à notre foi. Des gens disent que si l'abbé est mort, c'est parce qu'il a fait agrandir l'Eglise contre le gré de quelques chrétiens et surtout parce qu'il a fait couper des bois de fer dans sa paroisse, provoquant ainsi, selon eux, la réaction des «bandoki» ou «sorciers» qui auraient fait de ces arbres les lieux de leurs rencontres mystiques. Ces diagnostics de la rue, d'une autre époque, simplistes, fatalistes, hasardeux, retardataires, magico-primitifs n'honorent pas les 124 ans d'évangélisation du Congo, notre pays.

Quoi de plus normal et de plus louable pour un prêtre que d'agrandir l'Eglise de sa paroisse lorsqu'il la juge désormais trop petite pour une assistance devenue plus nombreuse. Cela se fait sous tous les cieux et est à encourager.

C'est l'occasion de dire à ces spéculateurs que Mr l'abbé Marcel Miayoukou est mort bel et bien des suites d'un cancer de sang. Le diagnostic des médecins est clair. Il nous faut sortir résolument du monde de la superstition animiste pour entrer dans le mystère salvifique de la foi en Jésus-Christ. En effet, «qui peut nous séparer de l'amour du Christ ? La souffrance le peut-elle ou bien l'angoisse, ou encore la persécution, la faim, la pauvreté, le danger, la mort ? (…) Mais en tout cela nous remportons la plus complète victoire par celui qui nous a aimes». (Rm 8, 35. 37).

Oui, même si le démon existe, rappelons-nous que Jésus-Christ est plus fort et plus puissant que lui. Grâce à sa mort et à sa résurrection, Jésus-Christ a triomphé à jamais du démon et des forces du mal : c'est cela la foi pascale qui nous anime !

La paroisse de Ngangouoni où l'abbé Marcel a été curé n'est-elle pas placée sous le patronage de Saint Michel, celui-là même qui a écrasé Lucifer ? Il est grand temps, Frères et Sœurs, de balayer à jamais de nos esprits ces allégations et ces spéculations tendancieuses pour retrouver cette foi dynamique en Jésus-Christ que l'abbé Marcel Miayoukou a su proclamer chaque jour dans l'Eucharistie qu'il célébrait. Oui, il est grand, le mystère de la foi !

Selon la prophétie d'Isaïe, Yahvé préparera pour tous les peuples un festin extraordinaire, auquel participeront tous ceux qui ont faim. Oui tous ceux qui auront répondu par la foi à l'invitation du roi prendront place au festin pour boire le vin nouveau. L'Abbé Marcel a célébré tout le long de sa vie l'eucharistie, gage du banquet eschatologique. Que Dieu lui accorde maintenant de prendre place à la table de son Royaume.

Conclusion :

33 ans de vie sacerdotale : quel beau témoignage de fidélité ! 33 ans de vie sacerdotale, quel beau parcours de foi ! 33 ans de vie sacerdotale : quel bel exemple d'engagement pastoral ! Notre vœu le plus cher, frères et sœurs, c'est de souhaiter que le Christ dise aujourd'hui à l'abbé Marcel : «Bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en de petites choses. Je t'en confierai de plus grandes. Entre dans la joie de ton maître» (Mt 25, 21).

Amen !

Mgr Anatole MILANDOU Archevêque de Brazzaville

     

Cardinal Emile BIAYENDA


N°95 septembre 2007

La Mémoire
"In verbo tuo laxabo rete : Sur ta parole, je vais jeter les filets " (Lc. 5,5)
Cardinal BIAYENDA